Le Corps de ma mère

Le courage, elle n’en manquait pas. Elle l’a dit, d’ailleurs, c’étaient ses derniers mots, ou alors les avant-derniers. Elle a dit : C’est pas le courage qui me manque, c’est la force.

Je lui ai signifié que je la croyais en hochant la tête, un gros sourire plaqué sur ma terreur de la voir transparente, déjà, tant la vie s’était raréfiée. Un sourire glacé, comme sa main, minuscule tas d’os dans la mienne, sa peau étonnement douce que je n’avais jamais caressée, pensant que c’était à elle, la mère, de me prendre moi, sa fille, dans ses bras.

44 ans sans rien comprendre—que des concepts, des théories, des complexes, des envies.

Et puis là, on n’était plus que deux corps : le sien hérissé de tubes et de beeps mais oh combien humain. Le mien, palpitant de la honte de vivre et de l’envie que sa force à elle se dissipe, qu’on en finisse, que je puisse effacer ce sourire et enfin commencer à pleurer.

Le corps de ma mère est mon corps. Les phalanges un peu gonflées, ces seins qui ne perdront jamais leur fierté, ce front haut, le petit kyste au milieu, l’agnus valgus, la fesse un peu molle, en forme de coeur.

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