Cyclone

“Durant la journée du 9 septembre, les habitants des Bahamas … ont subitement vu l’eau les entourant disparaître. Un phénomène normal mais néamoins interpellant. 

A quelques centaines de kilomètres de là, l’ouragan Irma dévastait tout sur son passage. Quand un ouragan d’une telle envergure se produit, des répercussions à d’autres endroits de la planète sont dès lors toujours envisageables.” Lalibre.be

 

Dans ma maison sur pilotis je dors au creux du clapotis; je mange mes beignets de plantains sur la crête du clapotis; je fais l’amour sur le roulis du clapotis.

Ce matin Martin m’a enveloppée de son grand corps dégingandé, son squelette tout contre mes fesses. J’aime qu’il fasse ça: mes rêves ensuqués s’éclipsent et c’est le jour qui se lève.

On dit qu’il ya des jours avec et des jours sans mais c’est pas vrai, il n’y avait jamais eu de jour sans clapotis.

Sans clapotis le grand corps de Martin n’a plus que la dûreté d’une réalité. Le soleil levant qui hier éclaboussait mes draps de pétales roses  s’échoue aujourd’hui comme une baleine, sublime et désepérant.

C’est que ce matin l’océan a disparu. Comme ça. N’a pas laissé d’adresse.

J’ai repoussé les os de Martin et je me suis levée de mon lit aride, un lit soudain très terrien. J’ai regardé dehors et au lieu du mercure aux reflets huilés je n’ai vu qu’un sol bombé, à l’infini: coquillages abandonnés, poissons figés—sauf un, à l’ouest, qui gesticulait dans une flaque.

J’ai frotté mes yeux et c’étaient bien mes yeux d’hier, mes yeux d’avant-hier, mes yeux à moi avec le sel qui pique aux coins.

“J’ai soif” , j’ai dit à Martin.

“Merci” , il a marmonné dans l’oreiller.

J’ai ouvert le robinet pour remplir mon verre mais rien. Juste un petit sifflement bouleversant de robinet sec. J’ai ouvert le frigidaire et l’odeur de camembert m’a sauté au nez. Il y faisait sombre et Martin avait encore oublié de remplir la carafe. Je me suis dépêchée de boire le fond qu’il restait en épiant son grand corps. Il s’était fait des noeuds avec les draps.

J’ai dit: “Regarde chéri, l’océan s’en est allé.”

“Je te crois pas” , il a dit.

Il s’est étiré, dépassant le lit de tous les côtés. Il s’est redressé et a regardé dehors.

“Ah ouais, “ il a dit. “L’océan s’est barré.”

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