Couture

De son enfance, elle se rappelle les rafales de la machine à coudre et les froisssements d’ailes du tissu que sa mère rapportait au compte goutte du marché Saint-Pierre.

A droite, sur la grande table de ferme de la salle à manger, un solitaire un peu terne sur un anneau en argent; un cendrier bien propre en étain avec une cigarette qui fume posée dedans; un verre de menthe à l’eau qui, certains jours, sentait la vodka.

A gauche, quelques post-its roses fluo couverts de citations—le Petit Prince, une histoire d’étoile; Guillaume Musso; Sainte-Beuve: des trucs stoiques et galvanisants. Sur les post-its, aussi, des listes de trucs à faire, des courses de yaourts toujours les mêmes qu’elle craignait d’oublier quand même.

Derrière la machine, la tête de sa mère, visage dans l’ombre et casque doré.

Sous la table, les jambes de sa mère, minces et bronzées toute l’année à l’auto-bronzant, mini-short kaki et pataugas à talons.

Devant, des volutes de rideaux, nappes, robes, housses de couette, des cascades de trucs simples et ravissants qui habilleront l’espace longtemps après que la mère soit morte.

Elle avait eu sa période saumon, sa période oiseaux, sa période carreaux. Après l’opération de la cataracte elle était passée au rose, après la mort de sa soeur, au blanc. Elle aimait ça le blanc, la mère. Pur. Paisible. Elle disait que vieillir, c’est regarder les couleurs ternir en sachant qu’un jour, elles disparaitraient complètement.

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