béchamel

Elle a posé sa bague entre l’éponge et la savonnette. Le diamant m’hypnotise, comme ses cigarettes. Je remarque ses doigts courts, sans grâce, dont j’attends chaque jour la caresse, frôlement de joue qui prouve que maman est là.

Elle allume un cigarette, la laisse pendre un peu de ses lèvres. Elle se sèche les mains sur les fesses, ouvre le frigo qui s’éclaire, se penche, attrape beurre, lait, se retourne pour prendre la farine. La cigarette n’a pas quitté ses lèvres, la cendre va battre un record de longueur.

Je vois bien que je suis dans ses pieds, comme un tabouret sur la piste de danse, mais maman me sourit. Maman m’adore.

Elle trouve la plus petite casserole, cachée dans une fanfare au fond du placard. Elle y met un gros bout de beurre lingot d’or; une cuiller de farine. La cendre tombe sur le rebord de la cuisinière et elle tire sur sa cigarette comme sur une sonnette d’alarme, la pose en quinconce au bout de l’évier, verse quelques gouttes de lait. “C’est de la chimie,” elle me dit. “Regarde, de l’alchimie, même. Regarde, tu tournes tout doucement, vas-y, monte un petit peu le feu, tout doucement.”

Je suis une grande, j’ai le droit de jouer avec le feu. “Un peu, plus, vas-y.” Elle tourne avec la cuiller en bois. “Tiens, donne-moi ta main.” Elle pose ma main sur le manche. Je ne vois pas ce que je touille et je tire un peu la langue. Elle rajoute un peu de lait. “Voilà, tu vois, tout est dans le rythme. La béchamel, c’est du Mozart.”

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